Initiative populaire constitutionnelle : Pour des multinationales suisses responsables

Quelques informations sur le débat qui a eu lieu à Sion le 4 septembre 2019 en présence de Mathias Reynard, candidat socialiste au Conseil national et au Conseil des Etats pour la prochaine législature fédérale qui soutient cette initiative, et avec l’exposé bien documenté des initiants, ainsi que le témoignage de la directrice d’Opaline, productrice de jus de fruits à Vétroz ; une entreprise éthique qui prouve qu’on peut faire du bénéfice tout en travaillant de manière écologique et respectueuse des producteurs. Cette conférence-débat a connu un grand succès !

Un certain nombre d’associations, notamment les Magasins du Monde qui œuvrent pour un commerce équitable à travers le monde, accompagnent Public Eye (anciennement Déclaration de Berne) à l’origine de l’initiative qui veut en finir avec le travail forcé des paysans dépossédés de leurs terres. Il est aussi destructeur par l’exploitation des enfants par ex. dans les mines. L’atteinte gravissime à l’environnement (cours d’eau souillés, réserves naturelles (flore et faune) sacrifiées, fumées toxiques dangereuses pour la population, etc. n’est pas une fatalité : cette initiative veut mettre un terme à ces pratiques ignobles.

Elle demande qu’une loi fédérale fasse respecter les droits fondamentaux. Actuellement, des règles de bon comportement ne sont que suggérées par les organismes internationaux car il n’y a pas encore de lois de protection des populations et du milieu naturel au niveau mondial. On ne peut donc agir qu’à partir des pays dans lesquels les multinationales ont leur siège. Les abus se passent loin des regards dans les pays du Sud (Afrique et Amérique latine, Asie) où les multinationales cherchent par l’intimidation des habitants et des journalistes trop curieux à cacher la réalité du désastre. Par expérience on sait que les mesures volontaires ne suffisent pas ; on connaît aussi la faiblesse des juridictions locales face aux mannes financières offertes aux dirigeants locaux par ces entreprises sans scrupules. Grâce à une nouvelle loi, les multinationales suisses devront désormais rendre des comptes auprès des tribunaux suisses.

On est pourtant en droit de se poser une question : pourquoi la petite Suisse devrait-elle intervenir auprès de multinationales dans des pays aussi lointains ? Pour quelle raison notre pays devrait-il figurer parmi les premiers à légiférer dans ce sens ? La réponse est simple : La Suisse est la plus grande plaque tournante du négoce international des denrées alimentaires au monde. C’est aussi le cas pour de nombreux produits bruts, tels que l’or qui, de plus, est transformé en Suisse. Ce n’est pas de l’or qui brille dans nos vitrines mais de l’or extrait à la sueur du front d’enfants esclaves. S’ajoute le fait que la plupart des multinationales, telles que Glencore, Procter & Gamble etc. ont leur siège mondial en Suisse. Elles sont donc soumises à nos lois. Notre pays a ici la possibilité de jouer un rôle éthique très important au niveau international. C’est aussi une manière de mettre sur le même pied d’égalité en Suisse les multinationales sans scrupules et celles qui respectent les droits fondamentaux de l’environnement et de l’humain.

Des partis conservateurs suisses ont fait craindre à la population le désastre économique à la suite de la mise en pratique de l’initiative Minder, pour ne citer que celle-ci. Rien de  cela n’est arrivé, l’économie suisse se porte bien. Ne pas écouter les sirènes populistes mensongères qui instillent la peur est un devoir citoyen.

Le bien-être et la consommation en Suisse ne doit pas reposer sur les violations des droits fondamentaux.

Un contre-projet plus édulcoré est en discussion à Berne, prochain débat le 26 septembre. Pour influencer favorablement le Parlement fédéral et le Conseil des Etats, les conférences-débats de ce genre dans les diverses villes font office de signal fort aux politiciens.

Myriam Drandic-Longet, PS Sion